Ghardaïa: Vallée du M’Zab

1860

Situés à 600 km au sud de la ville d’Alger, au cœur du désert saharien, les cinq ksour (villages fortifiés) de la Vallée du M’Zab forment un ensemble homogène extraordinaire constituant la marque, dans le désert, d’une civilisation sédentaire et urbaine porteuse d’une culture originale qui a su, par son génie propre, préserver sa cohésion à travers les siècles.

Constituée des ksour et des palmeraies d’El-Atteuf, de Bounoura, Melika, Ghardaïa et Béni-Isguen (fondés entre 1012 et 1350), la Vallée du M’Zab a conservé depuis le XIe siècle pratiquement le même mode d’habitat et les mêmes techniques de construction, commandées tant par un contexte social et culturel spécifique que par la nécessité d’une adaptation à un milieu hostile, dont le choix répondait à une nécessité historique de repli et un impératif de défense.

Chacune de ces cités miniatures, enserrée de murailles, est dominée par une mosquée dont le minaret fait fonction de tour de guet. La mosquée est en effet conçue comme une forteresse, dernier bastion de la résistance en cas de siège, et comporte un arsenal et un silo à grains. Autour de ce bâtiment essentiel à la vie communautaire, s’organisent des maisons disposées en cercles concentriques jusqu’au rempart.

Chaque maison constitue une cellule cubique de type fixe, illustrant une organisation sociale égalitaire fondée sur le respect de la structure familiale dont elle s’attache à préserver l’intimité et l’autonomie. Au début du premier millénaire, les Ibadites ont donc créé au M’Zab, avec les matériaux locaux, une architecture vernaculaire qui, par sa parfaite adaptation au milieu et par la simplicité de ses formes, garde une valeur d’exemple et d’enseignement pour l’architecture et l’urbanisme contemporains.

Plus d’info:

  • Les ensembles anthropiques de la Vallée du M’Zab témoignent, par leur architecture puissamment originale datant du début du XIe siècle et par la rigueur de leur organisation, d’un modèle original exceptionnel d’implantation pour les établissements humains de l’aire culturelle du Sahara central. Ce modèle d’habitat a exercé une influence considérable pendant près d’un millénaire sur l’architecture et l’urbanisme arabes, y compris sur les architectes et urbanistes du XXe siècle, de Le Corbusier à Fernand Pouillon et André Raverau.
  • Les trois éléments constitutifs des ensembles urbains et d’habitat de la Vallée du M’Zab : ksar, cimetière et palmeraie avec sa cité d’été, sont un témoignage exceptionnel de la culture ibadite à son apogée et du principe égalitaire qui était méticuleusement appliqué par la société mozabite.
  • Les éléments constitutifs de la Vallée du M’Zab sont un exemple éminent d’habitat humain traditionnel, représentatif de la culture ibadite qui, à travers d’ingénieux systèmes de captage et de répartition de l’eau et de création de palmeraie, a su réaliser une interaction extrêmement efficiente de l’homme avec un environnement semi-désertique.
  • Dans une ville mozabite, le premier édifice à construire est la mosquée. Autour d’elle, les maisons viennent se greffer en cercle concentrique jusqu’aux remparts de la cité.
    Les habitations ont presque les mêmes dimensions, ce qui rend difficile la distinction des maisons des riches de celles des pauvres.
  • Les ruelles ont une largeur de deux mètres, à peine de quoi laisser passer deux mules ou un cortège funéraire. Cette constitution permet d’éviter l’immixtion du sable lors des tempêtes et rend les lieux plus frais en temps de grande chaleur.
  • Les ruelles, qui donnent sur la mosquée ainsi que sur les sites qui tenaient lieu jadis de siège de commandement de la cité et de centre d’approvisionnement en denrées et armes en temps de guerre, sont étroites et couvertes.
  • D’autres rues ont été conçues plus larges pour abriter des activités commerciales tels les souks. La superficie d’une maison mozabite ne dépasse pas, dans son ensemble, 100 m2.
  • Elle est composée de deux étages au plus et d’une terrasse. Le seuil de la porte (el-atba) est toujours surélevé à hauteur de 10 cm pour empêcher la terre de pénétrer à l’intérieur et l’air froid de s’échapper durant l’été.
  • Un couloir appelé sqifa mène droit vers wast eddar, une cour intérieure aérée et éclairée par une ouverture sur le ciel.
  • La hauteur de chaque maison ne doit pas dépasser 15 m comme il est interdit de construire un mur obstruant la lumière du soleil au voisin. Une règle qui date de l’an 1743 et qu’on respecte scrupuleusement depuis.

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