Central ParkLe dérèglement climatique va rendre de plus en plus flou le contraste entre villes du Nord et du Sud quant aux risques, et Fukushima a hélas démontré que l’improbable était partout devenu possible. Nous assistons à une globalisation du risque urbain jamais rencontrée auparavant. Et parce qu’elle abolit des frontières devenues illusoires au sein du monde des villes, il va bien falloir nous habituer au « temps des catastrophes ».

Paris et Chicago étouffent sous les canicules, l’eau envahit le métro de New York, Montréal tombe en panne d’électricité comme Alger ou Le Caire, tandis que la montée des eaux littorales menace Miami comme Shanghai, ou que le sol de Bangkok s’enfonce peu à peu. En Île-de-France, une crue de la Seine type 1910 toucherait 800.000 habitants, avec 30 à 50% d’eau potable en moins, le métro serait interrompu à 70% et le RER à 50% pendant un ou deux mois, le gaz et l’électricité seraient coupés pour des centaines de milliers d’abonnés…

Pas assez d’espaces verts contre la canicule
On constate des effets accentués d’îlots de chaleur urbains, plus denses, moins aérés, et dont la température reste bien plus élevée la nuit qu’en périphérie de la ville. Cela implique de leur opposer des « coupures froides » (espaces verts, toits et murs verdis..). Tout simplement parce que les zones vertes sont 2 à 8 degrés plus fraîches que le reste de la ville. L’eau fraîche des bassins, lacs et rivières constitue l’autre élément fort, et la combinaison des deux en une « trame verte et bleue » peut avoir des effets très positifs.

Berlin a ainsi eu le mérite d’élaborer depuis dix ans un programme à l’échelle de tout son Land, avec un réseau en forme de croix le long des rivières et une double ceinture d’espaces verts et naturels. Le tout favorise une circulation des courants froids au-dessus de la ville qui brasse l’air pollué et réduit les effets de chaleur. Mais cette initiative reste hélas encore bien rare dans le monde des grandes villes mondiales.

Les risques naturels démultipliés par la croissance des villes

Leur densité amplifie aussi l’impact des épidémies, et la croissance du trafic aérien les diffuse : je rappelle qu’il y a en permanence près de 400.000 terriens en l’air dans deux ou trois mille avions ! Au printemps 2003, le Canada a ainsi été le pays le plus touché par l’épidémie de Sras après Hong Kong.

Non seulement les risques naturels sont donc accrus par le dérèglement climatique, mais leur impact est démultiplié par la croissance des villes, par leur densification et leur étalement. Voilà donc la « résilience urbaine », pour aller au-delà de la seule prévention des risques. Car les perturbations pouvant affecter une ville peuvent être une opportunité pour un développement urbain plus durable.

Au-delà d’un certain seuil, les catastrophes ouvriraient des perspectives positives de changement, si l’on sait les intégrer par avance au fonctionnement et au territoire de la ville.

Une équipe française vient ainsi d’étudier la vulnérabilité et l’adaptation globale de la Wilaya d’Alger, en y confrontant les aléas sismiques, d’inondation ou de mouvements de terrain aux divers niveaux de sensibilité de la ville (réseaux, activités, habitat précaire, patrimoine, etc.). Tout cela a permis de bien mieux cibler les secteurs en nécessité d’évoluer à moyen ou long terme.

Des plans urbains nécessaires contre l’explosion des villes

Dans la même logique, des « plans climat territoriaux » font aussi leur apparition en Amérique du Nord, aux Pays-Bas ou en France, où ils deviennent obligatoires pour les collectivités de plus de 50.000 habitants. Objectif : adapter un territoire urbain au changement climatique, en le rendant, là aussi, le plus résilient possible au bénéfice des habitants et des activités économiques. Ainsi le « plan action climat » de la région capitale de Washington se concentre-t-il sur l’énergie (efficacité, alternatives renouvelables), les ressources (recyclage, trame verte) et le cercle vertueux entre transports et ville compacte.

Bref, nos grandes métropoles sont à la veille de péter les plombs, mais les exemples qui précèdent témoignent au moins d’une certaine prise de conscience. C’est toujours mieux que de voir certains architectes imaginer des villes flottantes en réponse à la montée des océans, dans l’ignorance complète des moyens qu’auront Dacca, Mumbai ou Lagos pour ne pas finir demain comme les îles Kiribati ou les Maldives. Ne désespérons pas tout-à-fait.

SOURCEGilles Antier
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« It is not the beauty of a building you should look at; its the construction of the foundation that will stand the test of time. » - David Allan Coe